MBDA et le droniste Fly-R lancent le codéveloppement à Abu Dhabi du R2-120 Raijin. C’est l’une des garanties de production nationale accordées par la France lors de la commande historique de l’avion de combat par les Emirats en 2021.

C’est l’un des engagements clés pris à Paris dans le plus important contrat export de Dassault : la promesse de produire aux Emirats un drone kamikaze dans le cadre de l’acquisition des 80 Rafale par Abu Dhabi. MBDA et le droniste Fly-R vont codévelopper sur le sol des Emirats le R2- 120 Raijin à grande échelle.
Le chiffre est classifié, mais il sera produit en plusieurs milliers d’exemplaires par an, annonce Laurent Collet-Billon, dirigeant de Fly-R et ex-directeur général pour l’armement. Un nouveau jalon dans le réarmement des Emirats, après l’alliance signée il y a quelques jours entre Safran et le conglomérat de défense Edge pour la production du missile
AASM 1000 XLR, dont la version précédente équipe les Rafale.
Cible des Shahed de l’Iran, Abu Dhabi accélère. De son côté, Paris donne là un gage aux Emirats pour que ceux-ci restent engagés à cofinancer la nouvelle version du Rafale F5.
Performance technique
La production de drones kamikazes R2-120 Raijin de Fly-R sera menée par l’entité de MBDA à Abu Dhabi, appuyée par son centre d’ingénierie de missiles émirati, et impliquera des ingénieurs et techniciens nationaux. Ce contrat fait suite aux accords signés entre MBDA et le Conseil Tawazun, l’organe indépendant émirati chargé de gérer les contrats d’armement
pour le ministère de la Défense, lors du salon aéronautique de Dubaï en novembre dernier.
Véritable performance technique avec ses ailes rhomboïdes en forme de diamant repliables, le R2-120 Raijin (120, en référence à son 1,20 mètre d’envergure) offre, à taille équivalente à celle de son principal comparable, le Switchblade 300 de l’américain AeroVironment, des performances deux fois supérieures, met en avant Fly-R : une endurance de 45 minutes (contre 20 minutes), une portée jusqu’à 50 km (contre 30 km), une charge utile de 2 kg légèrement supérieure, et surtout une vitesse allant jusqu’à 270 km/h (contre 160). « Avec cette rapidité, les capacités de protection ennemies sont extrêmement réduites », souligne Laurent Collet-Billon.
Jusqu’à 270 km/h
Ces capacités, testées aux Emirats, ne peuvent en général être atteintes que par des appareils d’une envergure deux fois supérieure. Elles intéressent ainsi de près la marine des Emirats mais aussi d’autres marines en Asie, explique Philippe Delmas, membre du conseil d’administration de Fly-R et ancien vice-président d’Airbus.
« Les marins qui patrouillent en mer Rouge ont comme inquiétude non seulement les missiles mais surtout les attaques par de petits navires de surface très rapides, très petits, pour lesquels vous n’allez pas gâcher des missiles à quelques millions, explique-t-il. Les drones pour cette mission sont parfaits. Le fait d’en avoir beaucoup sur un bateau où il y a peu de place est précieux. Cela permet aussi, sur mer comme sur terre, de faire des tirs de saturation très facilement. »
Pour Laurent Collet-Billon, ce n’est là que le début. Fly-R s’attaque aussi au célèbre drone Reaper américain, très prisé de l’armée française. Les forces américaines ont perdu entre 20 et 30 unités de ces appareils de surveillance entre les attaques yéménites et la guerre avec l’Iran.
« Par rapport à un Reaper, nous pouvons développer un drone avec 80 % de sa performance pour un quart de son prix, estimé autour d’une trentaine de millions de dollars », indique l’ancien directeur général pour l’armement. Et ce dans un contexte où le projet Eurodrone, mené par Airbus, « est un échec », ajoute l’émissaire spécial appelé par l’Elysée pour une ultime tentative de sauvetage du SCAF entre Dassault et l’avionneur. La France a laissé entendre qu’elle se retirait du projet Eurodrone dans le cadre de l’actualisation de la loi de programmation militaire.
Modèle Apple
Fly-R met tout son poids dans l’appel d’offres « Drones MALE de théâtre bas coût » lancé par la DGA avec le R2-900, en compétition avec Turgis et Gaillard, Aura Aero ou encore Daher. De 9 mètres d’envergure, 3.700 km de portée et d’une capacité de vol de 25 heures et 300 km/h en vitesse de pointe, le drone peut emporter jusqu’à 700 kg de charge utile pour de la surveillance mais aussi des frappes.
« Nous sommes agnostiques sur la charge. C’est un modèle Apple. Nous concevons et nous intégrons, mais nous ne fabriquons pas. Le client décide », indique Philippe Delmas. « Lors des essais, nous sommes les seuls à l’avoir fait voler sans pilote. Les démonstrations commenceront dès début 2027. »
Le R2-900 intéresse les Emirats, ainsi qu’un autre drone de sa gamme, le R2-280 qui peut atteindre 500 km de portée avec une charge utile de 30 kg. « Tout le monde cherche de la frappe dans la profondeur qui soit moins chère que l’artillerie, explique Laurent Collet-Billon. Sans compter le R2-150, qui a les capacités de surveiller le détroit d’Ormuz, pour un prix modéré. Nous disposons de toute une gamme tactique et stratégique. »
Source Les Echos: Anne Drif
