Plus d’une centaine de collaborateurs de Safran et de MBDA se sont impliqués dans le projet. (Photo Jean-christian Tirat/Sipa)

La DGA a mis fin au suspense sur les missiles à portée de 150 kilomètres, en choisissant le consortium du missilier et du spécialiste des kits de guidage.

Finalement ce sera bien une offre souveraine, et non américaine, israélienne ou coréenne. Mais il ne peut y avoir deux vainqueurs : c’est le tandem Safran et MBDA avec la roquette Thundart qui a eu le dessus sur l’alliance ArianeGroup et Thales et le FLP-T 150 associé au lanceur X-Fire, dans l’appel d’offres sur les missiles longue portée à 150 kilomètres.

« Notre pays a souhaité se doter dans la frappe de la profondeur d’un successeur au LRU [missiles longue portée, NDLR] et nous sommes entrés en négociation exclusive avec un groupement souverain composé de SAFRAN et de MBDA », a indiqué la ministre des Armées, Catherine Vautrin, au Salon Eurosatory, ce lundi.

L’Armée de Terre en a redit sa priorité encore dimanche, la veille d’Eurosatory. « Nous en avons besoin le plus tôt possible, a insisté le général Philippe Geay de Montenon, commandant de la force et des opérations terrestres (CFOT). Le renouvellement du lance-roquettes est important. » Le système de l’américain Lockheed Martin aujourd’hui dans les stocks est censé expirer en 2027.

Livraison avant 2030

Les deux consortiums promettaient chacun une livraison avant 2030. La différence se serait faite sur un critère désormais majeur pour la Direction générale pour l’armement (DGA), le prix. Des segments de leur solution ont déjà été éprouvés au combat, puisque le système s’appuie sur des technologies qui existent déjà, comme le kit de guidage AASM, qui équipe le Rafale.

Un nouveau propulseur a été développé en moins de dix mois grâce à Roxel, la filiale de MBDA. Et les plans de leur association future sont déjà dans les cartons. Des usines sont déjà qualifiées, par exemple le kit de guidage dans l’Allier, l’électronique à Fougères et un centre d’assemblage final en Seine-Saint-Denis.

MBDA vient justement d’annoncer être en train d’acheter « un terrain de 40 hectares pour y construire un nouveau site, qui sera opérationnel d’ici à 2030 », vers Orléans. Il représentera « deux fois la taille de notre site de Bourges, et un investissement de plusieurs centaines de millions d’euros », a indiqué le groupe.

Plus d’une centaine de collaborateurs de Safran et de MBDA se sont impliqués dans le projet. L’offre pourrait dans un second temps être poussée à l’export auprès de partenaires. De leur côté, Ariane Group et Thales misaient sur une approche de plus long terme, avec le développement de tout une gamme de portées. Une approche qui rendait à terme l’offre plus compétitive plutôt que de développer des capacités industrielles pour chaque portée.

La DGA a visiblement préféré parer à l’urgence au vu des critères existants. Le montant exact de l’appel d’offres n’a pas été dévoilé. La loi de programmation militaire initiale prévoyait 600 millions d’euros pour 13 systèmes dès 2028 avec une cible finale qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de systèmes. Son actualisation en prévoit désormais jusqu’à 26. Un supplément de plus de 8 milliards d’euros a été ajouté au segment des munitions.

Entre-temps, Lockheed Martin avait tenté de revenir dans la course, en tentant une dernière offre irrésistible. Comme l’a révélé « Challenges », le géant américain est revenu avec une proposition choc pour ses Himars, avec une livraison en dix-huit mois et un « prix béton », inférieur à sa première offre. Mais cela n’aura pas suffi. Cédric Perrin, président (LR) de la commission des affaires étrangères et de la défense au Sénat, a qualifié l’achat de Himars d’« inconcevable », soulignant que « nous ne sommes pas la priorité des Etats-Unis ». De fait, difficile d’imaginer la classe politique, à quelques mois des présidentielles, applaudir des deux mains, en plein retrait américain d’Europe et d’inquiétudes sur les dépendances d’équipements étrangers.

Source: Les Échos – Anne Drif

                       

1