Les ambassadeurs de France et du Royaume-Uni, le ministre britannique de la Défense, le ministre polonais délégué à la défense nationale… A Czosnow, les autorités européennes ont vu les choses en grand pour l’inauguration du nouveau site de MBDA. Après des années de collaboration rapprochée dans la défense aérienne avec le plus gros consortium du pays, PGZ, le missilier y ouvre son tout premier centre industriel.

Sur trois hectares, les deux bâtiments sortis de terre après deux ans de travaux cumulent 4.900 m2 dédiés à la maintenance des lanceurs des missiles CAMM de MBDA. Un investissement de plusieurs dizaines de millions de zlotys. Son objectif ? Eviter d’avoir à expédier les composants vers le Royaume-Uni, où ils sont fabriqués, notamment en cas de crise ou de guerre, et accélérer leur mise en service grâce aux équipes locales.

Transfert de technologie

C’est un jalon majeur pour le groupe franco-italo-britannique : la Pologne, plus gros bénéficiaire du plan européen de financement Safe à près de 44 milliards d’euros, est aussi son plus grand client à l’export, en dehors de ses marchés domestiques. A lui seul, le programme Narew, signé en 2023 par le groupe détenu par Airbus, BAE Systems et Leonardo, dépasse 4,6 milliards d’euros pour la fabrication de plus de 1.000 missiles et une centaine de lanceurs.

« Il induit des transferts de technologie sans précédent. La Pologne ne va pas seulement assembler des missiles, mais fabriquer les autodirecteurs, les têtes militaires et les moteurs-fusées », explique aux « Echos » Adrian Monks, responsable du développement de MBDA en Pologne.

C’est une étape critique dans la nouvelle trajectoire de Varsovie, encore sous haute tension ce week-end après l’attaque d’un drone russe sur un train reliant la capitale polonaise à Kiev. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a mis en garde contre une « escalade » russe qui pourrait toucher la Pologne.

Capacités de frappe à longue portée

Les autorités polonaises s’activent donc à renforcer leur bouclier aérien doté de missiles américains Patriot associés aux missiles CAMM de MBDA par de nouvelles capacités. MBDA propose les systèmes laser Helma-P français de Cilas, le Dragonfire britannique ou encore l’intercepteur Deluge pour contrer des attaques massives de drones.

Mais surtout, Varsovie change de braquet et entend s’armer de capacités de frappe à longue portée. « Nous observons la même prise de position qu’en Ukraine », souligne Adrian Monks. En 2015, le gouvernement polonais avait tenté d’obtenir des Etats-Unis la livraison de missiles de Tomahawk, sans que cela n’aboutisse.

Avec le LCM, nouvelle version terrestre du missile naval MdCN capable d’atteindre des cibles estimées à plus de 1.400 km, MBDA est aujourd’hui au coeur des discussions. Une lettre d’intention avait été signée pour explorer cette option dans le cadre du traité de Nancy signé en mai 2025 entre la France et la Pologne.

La Pologne au coeur de la défense européenne

Un représentant de la Direction générale de l’armement doit se rendre auprès du gouvernement polonais cette semaine. « Nous parlons avec MBDA de la configuration du missile du futur et des discussions sontengagées par la Pologne dans le cadre de l’initiative Elsa de frappe dans la profondeur. Nous avons de nombreux développements en cours », a expliqué Jan Grabowski, le vice-président du conseil d’administration de PGZ, lors du salon d’armement MSPO, qui a refermé ses portes en fin de semaine dernière à Kielce.

De fait, Varsovie a déjà eu l’occasion d’étudier le MdCN en profondeur. L’option faisait partie de la proposition française dans la réponse de Naval Group à l’appel d’offres Orka de la Pologne pour les sous-marins, finalement remporté par Saab. Selon le média polonais Defence24, une option était ouverte au printemps pour proposer aussi ces missiles sur les sous- marins A26 de Saab. Celle-ci dépendant alors d’un accord de la Direction générale pour l’armement.

« S’ils veulent un véritable missile de croisière, et disposer de cette capacité avant 2030, le LCM est la seule option », déclare Adrian Monks. Varsovie joue un rôle clé dans la défense européenne selon lui : « Nous essayons tous de faire de la recherche et d’innover plus vite que jamais ».

Là où l’on parlait autrefois d’un programme de développement de dix ans, ce n’est plus acceptable. L’une des véritables contributions que la Pologne peut apporter est sa capacité à mettre en place des budgets bien plus rapidement que d’autres. 

Source Les Échos – Anne Drif